Le sujet de la semaine
Six ans après le choc du Covid, le télétravail reste solidement installé dans les entreprises françaises. 22% des salariés du privé télétravaillent au moins une fois par mois, contre 26% en 2023, ce qui relativise le scénario d’un retour massif au présentiel souvent mis en avant dans les médias.
Aujourd'hui dans Substantif : faut-il réduire le télétravail en cabinet comptable ?
Le télétravail en cabinet comptable aujourd’hui
Si les métiers du chiffre te semblent davantage exposés au télétravail que la moyenne, ce n’est pas une impression. Dans les fonctions de bureau fortement numérisées, comme la finance ou la comptabilité, le modèle hybride s’est durablement imposé.
74 % des collaborateurs d'entreprises de plus de 50 salariés en bénéficient aujourd'hui (Baromètre Parella 2024-2025) avec un rythme dominant de 2 jours par semaine.
Le télétravail ne différencie plus vraiment un cabinet ; son absence, en revanche, peut le pénaliser. En recrutement, les attentes des candidats sont désormais bien installées : ne pas proposer de télétravail, c’est souvent se placer en retrait par rapport au marché.
Ce que les études montrent sur la productivité du télétravail
L'étude Bergeaud-Cette-Drapala (2023) réalisée sur 1 500 entreprises françaises met en évidence une association positive entre hausse du recours au télétravail et productivité globale de l’entreprise, de l’ordre de 0,6% par point supplémentaire dans l’échantillon étudié.
D’autres enquêtes vont dans le même sens, même si elles relèvent davantage de la perception que de la mesure directe de productivité. 28,1 % des entreprises estiment leurs équipes plus efficaces grâce au télétravail (Linking Talents), 71 % des salariés disent mieux se concentrer chez eux, et 75 % des cadres réservent le télétravail aux tâches de fond, le bureau aux réunions et formations.
Deux nuances. D’une part, les gains se concentrent dans les fonctions support comme la finance et la comptabilité. Autrement dit : les métiers du chiffre font partie de ceux où les gains potentiels du télétravail paraissent les plus crédibles. D’autre part, l'effet n'est pas linéaire : trop de télétravail finit par nuire.
Les vrais risques du télétravail
Mal encadré, le télétravail peut fragiliser le collectif : moins d’échanges informels, intégration plus lente et sentiment d’appartenance plus faible.
D’après un sondage de l’IFOP en 2021, 55 % des salariés estiment que le travail à distance affecte le sentiment d’appartenance à l’entreprise et 52% des managers observent une baisse de motivation de leurs équipes. Face à ces risques, beaucoup de dirigeants pensent que la solution est de renforcer le contrôle. Selon Janina Steinmetz (Cass Business School), c'est exactement l'inverse, une culture de méfiance aliène les salariés et accélère leur désengagement.
En plus de présenter un risque sur la santé mentale des salariés et sur la culture d’entreprise, le télétravail pose aussi des questions sur la cybersécurité, la protection des données et la confidentialité.
Le sujet est d’autant plus sensible que la menace cyber reste élevée : près d’une entreprise sur deux déclare avoir subi au moins une cyberattaque significative, selon le dernier baromètre de la cybersécurité publié par le CESIN. Le phénomène de la cybercriminalité est global et touche des organisations de toute taille et de tout secteur d’activité.
Faut-il réduire le télétravail ?
De l’autre côté de l’Atlantique, des grandes entreprises comme JPMorgan et Amazon ont tenté le retour à 4 à 5 jours de présentiel. Ces politiques de retour au bureau ont fait face à des levées de boucliers.
En France, le télétravail est devenu très ancré dans les habitudes de travail de nombreux salariés. 59% des salariés des grands groupes estiment qu’ils ne pourraient pas s’en passer. Par exemple, si leur employeur réduisait leurs jours de télétravail, la majorité (52,1 %) s’en accommoderait malgré leur désaccord, mais 1 salarié sur 4 (26,5 %) chercherait un autre emploi.
Le mot de la fin
Le télétravail n’est plus un avantage marginal : il fait désormais partie du cadre normal de travail. Pour les cabinets, la vraie question n’est plus de l’autoriser ou non, mais de fixer des règles claires.
Le bon cap n’est ni le retour uniforme au bureau, ni le full remote. C’est un modèle hybride lisible, adapté aux métiers, aux niveaux de séniorité et aux contraintes de confidentialité.
Notre verdict : pas de retour en arrière. L’enjeu n’est pas de réduire, mais de trouver le bon dosage.
-Substantif
Sources :
INRS — Statistiques sur le télétravail des salariés du privé
Baromètre Parella 2024-2025 — via SFR Business
Bergeaud, Cette & Drapala (2023) — Télétravail et productivité, Économie et Statistique n°539
Linking Talents — Faut-il réduire le télétravail ?
Janina Steinmetz (Cass Business School) — via La Profession Comptable
Sur le radar - Tech, événements et signaux de marché
LegalPlace acquiert Legalstart et lève 70 M€

Crédit - Maddyness
LegalPlace, cette entreprise qui gère une plateforme permettant la création et la gestion d’une entreprise sans franchir les portes d’un cabinet d’avocat, signe une série C et lève 70 millions d’euros.
Ces fonds servent notamment à l’acquisition d’un autre acteur important de la legaltech, il s’agit de Legalstart. Le cofondateur de Legalplace, Samuel Goldstein revendique couvrir à présent 20% des créations d’entreprises en France.
Les deux marques continuent de co-exister avec l’ambition de consolider leur place dans l’écosystème, notamment à travers le développement d’une “Super App” de gestion d’entreprise boostée aux agents IA.
L’objectif affiché : “ Accompagner plus d'un créateur sur trois en France dans les prochaines années.”
PNM se rapproche de Numeris avec l’intention de dominer le Sud

Crédit - LinkedIn de PNM
Ce rapprochement permet à Numeris de s’implanter plus durablement en région PACA tout en améliorant la force de frappe de PNM au passage. Numeris est soutenu par Strada Partners, PNM accédera donc à un écosystème de fonctions supports centralisées incluant la finance, les ressources humaines et l'innovation technologique tout en proposant une dimension gestion de patrimoine plus forte avec Numeris Patrimoine.
Cette opération intervient dans un secteur en pleine consolidation. Ce ne sont pas les premiers acteurs à décider de se rapprocher mutuellement, comme l'opération In Extenso plus bas dans ce numéro.
Transmission d'entreprise : Bercy mise sur les experts-comptables

Crédit - Journal Spécial des Sociétés
Le 23 avril 2026, Serge Papin (ministre des PME) a présenté le plan Objectif Reprises. L'enjeu : 500 000 entreprises à céder dans les 10 ans, 3 millions d'emplois dans la balance, et une entreprise sur deux qui ne trouve pas de repreneur.
Bonne nouvelle pour la profession : Bercy fait des experts-comptables un pilier du dispositif. Webinaires co-organisés avec Bpifrance et le CRA, guide d'évaluation dédié et accès à la plateforme « Business Story Reprise » pour mettre en relation cédants et repreneurs. Côté financement, le pacte Dutreil est maintenu et un dispositif fiscal pour la reprise par les salariés est attendu au PLF 2027.
En substance - vu cette semaine
Congés payés, J-21 avant la perte sèche : Les congés acquis du 1er juin 2024 au 31 mai 2025 doivent être pris avant le 31 mai 2026. Passé ce délai, ils sont perdus. Lire
OpenClaw, le nouveau buzzword de l'IA agentique : Après l'IA conversationnelle, place à l'IA qui agit (on en parlait déjà la semaine dernière dans Substantif). Tribune de Diego Ferri (associé IA, EY) dans Maddyness : moins de proof of concepts, plus de gouvernance et de garde-fous. Lire
In Extenso poursuit sa consolidation dans l'Ain : Intégration d'Aindex et Aindex-Lebrut : 25 collaborateurs, 2,5 M€ de CA. Encore un signal de la recomposition en cours dans la profession. Lire
OpsMill lève 12 M€ pour l'IA en entreprise : La startup parisienne boucle une série A menée par IRIS Capital. Sa promesse : structurer les données IT pour fiabiliser les agents IA. TikTok et Eurofiber sont déjà clients. Lire
Un fichier anti-fraude pour les virements : La Banque de France a lancé le 7 mai 2026 le FNC-RF, qui centralise les IBAN suspects (faux RIB, faux conseillers, comptes mules) pour permettre aux banques de bloquer les virements frauduleux. Lire
C'était Substantif. Merci de nous avoir lu.
Si ce numéro t'a plu, transfère-le à un confrère.
Une remarque, un désaccord, une idée de sujet ? Réponds à ce mail, on lit tout.
À la semaine prochaine.

